Il caso clinico del Presidente Schreber

Cette communication propose une relecture du cas Schreber à travers l’articulation entre la découverte freudienne et l’élaboration lacanienne de la psychose. En s’appuyant sur la causalité psychique et le rôle de la défense, il explore la manière dont Freud opère un bouleversement épistémologique en dépassant la réduction organiciste des troubles mentaux pour inscrire le délire dans une logique signifiante. Loin d’être une simple perte du contact avec la réalité, le délire paranoïaque est ici étudié comme une tentative de reconstruction subjective, témoignant d’un effort du sujet pour suppléer à une forclusion structurale.

La communication montre comment Freud amorce une rupture éthique en reconnaissant au fou une dignité subjective, en rompant avec les représentations aliénistes qui ne voyaient en la folie qu’un chaos mental. Cependant, cette première avancée freudienne trouve sa limite dans l’exclusion des psychotiques du transfert analytique. C’est Lacan qui en fait un franchissement en replaçant la psychose dans le champ du langage et en introduisant la forclusion du Nom-du-Père comme mécanisme structurant de la paranoïa.

Cette approche permet d’éclairer le rapport du sujet psychotique à la jouissance. Là où, dans la névrose, la signification phallique limite et organise le désir, la psychose se caractérise par un débordement incontrôlé de la jouissance, qui fait retour dans le réel sous forme de phénomènes hallucinatoires et persécuteurs. À travers le cas Schreber, la communication analyse comment ce sujet tente d’organiser cette jouissance par une stratégie de suppléance, où se déploient la féminisation délirante, la copulation divine et l’adoration devant le miroir. Ces éléments, loin d’être des symptômes isolés, révèlent une logique d’autoconstruction où le délire devient le seul recours viable face au trou laissé par l’échec de la métaphore paternelle en la forclusion.

En contestant l’idée d’un déficit psychotique, la présentation défend une approche éthique et clinique où le délire n’est pas disqualifié mais entendu comme une parole. Lacan, en réévaluant la structure signifiante du délire, ouvre la possibilité d’un transfert en psychose, déplaçant la psychanalyse hors d’un modèle de normalisation. Cette perspective engage à ne pas reculer devant la psychose, mais à reconnaître dans le travail délirant une tentative de recomposition subjective, où le sujet cherche à donner un sens à son expérience et à son rapport au monde.

Au-delà du cas Schreber, cette réflexion interroge la place du signifiant du Nom-du-Père dans la structuration du sujet et la manière dont chaque structure clinique – névrose, psychose, perversion – élabore une solution singulière face au réel. En ce sens, la psychose, loin d’être un simple champ clinique, devient un terrain d’élaboration majeur pour penser la subjectivité, la fonction du langage et la diversité des modes d’être au monde.